mardi 8 octobre 2013

Gers : Jugé pour le meurtre de sa mère de 80 ans

Frappez à une porte ou entrez dans un commerce de Barcelonne-du-Gers et demandez si l’on y parle encore, quatre ans après, du meurtre de Gilberte Sapène, 80 ans. Les regards tombent subitement sur les chaussures. Les yeux se détournent. L’ambiance est étrange. Pas vraiment plombée mais étonnante de silence.
Le corps de Gilberte Sapène, 80 ans, est découvert samedi 3 octobre 2009, par son fils Jacques, sur son lit et baignant dans son sang. Seule certitude, la vieille dame aurait succombé entre le lundi 28 septembre et le samedi 3 octobre 2009. L’octogénaire a été tuée de deux balles : l’une dans le dos, l’autre sur le flanc. Son meurtrier l’aurait apparemment abattue par-derrière. Son fils Jean-Louis est en prison car soupçonné d’être l’auteur de l’homicide volontaire. Gilberte Sapène était l’ancienne cuisinière et régisseuse du château de Bernède. On dit que ses riches propriétaires allaient et venaient de Suisse en avion. Mais c’était il y a bien longtemps…

Souvent, lorsqu’un village est frappé par un fait divers sordide, tout le monde y va de son anecdote sur la ou les victimes. Lorsque le crime réveille les paroisses les plus tranquilles, les autochtones ne se font pas prier pour dévoiler leur analyse des faits, se prenant parfois pour les plus fins limiers de la Crim’. À Barcelonne-du-Gers, l’atmosphère est exactement l’inverse.
On sonne à la porte d’un voisin de la maison de Gilberte Sapène, située entre l’ancienne voie ferrée et un ruisseau à l’entrée du village, à quelques mètres de la mairie, des arènes et de la place centrale. Avant que l’on ait le temps d’expliquer la raison de notre venue, l’interlocuteur tranche, voyant le carnet de notes : « Je n’ai rien à déclarer à ce sujet. » « À quel sujet ? Je ne vous ai encore rien dit… » En lançant un coup de tête furtif en direction de la maisonnette aux volets vert clair, il répond : « Hé bien, au sujet de la mort de Mme Sapène. »
Les langues ne se délient que très rarement. Un commerçant, né au village, explique qu’« effectivement, ici, les gens n’en parlent pas. C’est peut-être aussi parce que l’un des deux fils de Gilberte, Jacques, vit à Barcelonne. On ne veut pas lui faire de peine, c’est déjà bien assez dur comme ça. » L’homme, qui souhaite garder l’anonymat, ne « sait pas si Jean-Louis [le plus jeune frère des trois enfants de Gilberte, NDLR] aurait pu faire une chose pareille. Il a grandi parmi nous jusqu’à l’âge de 25 ou 30 ans, puis il est parti faire sa vie. On disait qu’il se trouvait en Amérique du Sud. » On disait vrai, c’est d’ailleurs à côté de Santiago du Chili qu’il a été arrêté, en novembre 2011, pour être incarcéré à la maison d’arrêt d’Agen. Un fait laisse pourtant dubitatif les seuls villageois qui parlent. Le médecin généraliste appelé sur les lieux lors de la découverte du corps avait conclu à une mort naturelle. Les forces de l’ordre avaient relevé des plaies curieuses mais c’est l’autopsie pratiquée à Toulouse qui révélera qu’il s’agit bien d’un meurtre.
Jean-Louis Sapène fait figure de suspect numéro un, car il avait quitté le sol français au moment de la mort de sa mère (les circonstances exactes devraient être éclaircies lors du procès) et n’était pas revenu pour assister à l’enterrement. Il a toujours nié être l’auteur du meurtre. Il comparaîtra ces jeudi et vendredi devant la cour d’assises du Gers au tribunal d’Auch.

http://www.sudouest.fr/2013/10/08/mutisme-au-bourg-1192144-2277.php