mercredi 7 septembre 2011

246.000 € détournés : du sursis à l'aide-comptable

Une aide-comptable a été condamnée à 30 mois de prison avec sursis par le tribunal de Brest, hier, pour avoir détourné de l'argent au centre Leclerc de Landerneau. Si elle a reconnu avoir volé près de 600.000 €, il ne lui était reproché «que» 246.000 € par la grâce du jeu de la prescription.
C'est une petite femme, élégante, le visage fermé qui se tient à la barre du tribunal de Brest. Tout au long de l'audience, elle ne se laissera aller à aucun geste, aucune démonstration d'émotion, ni aucune parole forte. «Un caractère renfermé», assurera son avocat. Pourtant, elle assume.

Elle a mis tout son patrimoine en vente. Elle «veut rembourser». À ses côtés, son mari. L'inverse. Si lui aussi veut rembourser, il hoche la tête, opine, explique, parle haut en répétant qu'il ne connaissait pas les manoeuvres frauduleuses de sa femme. Pourtant, il l'aime.

Parfois, il lui tient la jambe. L'empire de la comptable s'est écroulé le jour où elle est tombée malade, en juin dernier. Là, un fournisseur a réclamé son dû qui n'avait pas été payé, elle était absente. Pourtant, le chèque a été encaissé. Sur son compte... L'enquête est brève, il ne reste plus qu'à tirer sur la pelote et mettre à nu le stratagème entretenu par l'aide-comptable depuis tant de temps.

Lorsqu'elle doit régler une facture, elle effectue un virement réel puis remplit un chèque qu'elle va faire signer chez son supérieur. Parfois, elle remplit l'ordre à l'encre effaçable, parfois, elle ne remplit pas l'ordre. Et encaisse le chèque à son propre profit. 78 formules s'envoleront ainsi depuis 2002. Le droit pénal n'a pu remonter, selon la règle de la prescription, que jusqu'à 2008.

La somme est déjà éloquente et s'élève à environ 246.000€. «Pour quoi faire?», s'interroge le juge Jublin. «Des vêtements, des voyages», répond-t-elle d'une voix douce. Le président Jublin tique. «Les gendarmes ont établi que vous viviez six fois au-dessus de vos moyens». C'est son mari qui prend la parole. «Je ne me suis rendu compte de rien». Ni les voitures, ni la maison à «350.000€ en temps de crise», comme le souligne, pourtant, le procureur Phelippeau. Il hausse encore les bras, elle évoque, de la même voix, la sale «spirale», le mauvais «engrenage» et, finalement, ce vol devenu si simple.

Elle remboursera

«Facilité et proximité», appuie le parquet qui montre que la technique mise en place ne devait rien au hasard et encore moins au geste fou. «À Noël 2009, vous avez encaissé deux chèques en deux jours pour 24.000€», soupire le ministère public qui ne veut pourtant pas de prison ferme contre elle. «Vous le faites une fois et puis deux. Et puis vous vous murez dans votre secret. À chaque fois, c'est pareil», plaide Me Elard qui convaincra le tribunal que son mari n'a rien vu de «l'énormité» de la situation. Il est relaxé. Elle a «promis», par lettre, de rembourser. Pour «retrouver de la dignité» dans son «honneur perdu». Elle est condamnée à 30 mois de prison avec sursis.  

http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/finistere/landerneau-246-000-eur-detournes-du-sursis-a-l-aide-comptable-07-09-2011-1421039.php

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