POURQUOI le bailleur Reims Habitat veut-il faire partir l'épicier du centre commercial des Hauts de Murigny ? Saïd Debdoubi, l'intéressé, aimerait bien le savoir. « Ils font tout pour que je m'en aille. Ils ont cherché à augmenter mon loyer de 140 %, ils ont installé un concurrent à 5 mètres de mon magasin et, comme cela n'a pas suffi, ils m'ont poursuivi au tribunal et ont obtenu une décision d'expulsion. Moi et ma femme vivons dans l'attente angoissante d'un courrier de l'huissier. »
Les circonstances dans lesquelles le bailleur, à vocation sociale, a obtenu l'expulsion de M. Debdoubi, méritent d'être racontées.
L'épicier, installé depuis 1994 dans ce quartier de Croix-Rouge, n'a pas toujours connu des fins de mois faciles. Il a souvent payé son loyer en retard.
« C'est vrai que j'ai connu des difficultés et que j'ai eu des loyers de retard mais j'ai toujours payé mes dettes. » Pendant longtemps, ces retards d'un, deux voire trois mois maximum ont été tolérés par Reims Habitat. Pour la bonne raison que le commerçant finissait toujours par s'acquitter.
Il y a un an environ, le ton a changé. Face à plusieurs retards de paiement, le bailleur a décidé de saisir le tribunal en vue d'une expulsion. M. Debdoubi continuait pourtant à régler ses loyers en retard dès qu'il en avait la possibilité.
« Elle m'a dit de ne pas aller à l'audience »
La veille de l'audience, il est allé au siège de Reims Habitat avec toute la trésorerie dont il disposait. « Je suis allé voir la personne chargée de mon dossier pour payer mon retard. Il ne devait plus rester que 300 euros à donner. J'ai demandé ce qu'il allait se passer à l'audience du lendemain. La dame m'a répondu que ce n'était pas la peine que j'y aille puisque j'étais venu payer. Elle m'a dit que le président passerait à l'affaire suivante quand il verrait que c'est réglé. »
L'épicier est rentré chez lui confiant. Quinze jours plus tard, une notification du tribunal est arrivée qui l'informait de sa condamnation et de sa prochaine expulsion. « J'étais paniqué. Je suis allé voir mon avocat qui a fait appel. » La décision d'appel a confirmé l'expulsion, ne reste plus que le bon vouloir du bailleur. Ou bien un pourvoi en cassation mais M. Debdoubi ne peut pas se le permettre financièrement.
« On aurait des chances de gagner car la loi n'a pas été bien appliquée. Normalement, on n'expulse pas si le débiteur s'acquitte partiellement et régulièrement de sa dette », souligne Pierre Ramage, avocat de l'épicier. Il a lui-même téléphoné à l'employée de Reims Habitat qui avait reçu son client la veille de l'audience : « Elle m'a verbalement confirmé qu'elle avait incité M. Debdoubi à ne pas se rendre à l'audience. C'est justement cette absence qui, selon moi, lui a valu une condamnation ».
Autour de l'épicerie des Hauts de Murigny, les gens parlent. Ils disent que Reims Habitat cherche à récupérer le local pour en faire autre chose. Un projet de théâtre est évoqué ou encore une division en parcelles de la surface afin de créer plusieurs cellules. Pour eux, l'affaire est entendue, le bailleur veut faire partir l'épicier.
Catherine FREY
Reims Habitat refuse de répondre
http://www.lunion.presse.fr/article/marne/lepicier-pourrait-etre-expulse-par-reims-habitat-ils-veulent-me-mettre-dehors
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