«La seule question qu’il convient de se poser est la suivante : quelle est la cause originelle de ce drame ? Elle est directement liée à la mauvaise installation technique. Or, le dirigeant de Cheminées Compagnie (René Brisach) ne pouvait être partout sur le terrain. Il ne fallait pas faire ce chantier, la responsabilité de cette décision incombait au technicien. » Délicate position que celle de M e Alexandre Bouthier. Au final d’une audience lourde malgré l’intense dignité des familles des victimes, l’avocat nancéien a plaidé la relaxe pour son client, condamné en première instance à trente mois de prison dont dix-huit assortis du sursis.
Au matin du 10 novembre 2007, le drame s’était noué au domicile de Rosières-aux-Salines, avec la mort de Valérie Ciret, 26 ans et ses deux enfants, Paul et Arthur, 15 jours et trois ans. L’émanation de fumée liée à une mauvaise installation d’un insert, quelques semaines plus tôt, avait fait prisonniers les trois membres de cette famille, qui devaient succomber, retranchés dans la salle de bains, alors que leurs proches, impuissants, multipliaient les efforts pour les aider.
Depuis le début de l’enquête et de l’instruction, l’incompétence et l’à-peu-près des poseurs et techniciens ont été mis en relief à maintes reprises. En particulier le non-respect d’une règle d’or dans la profession : « L’écart au feu avec tout matériau inflammable doit être de 16 centimètres » rappelait M eBourgaux, l’une des parties civiles. Dans les faits, il n’était que de huit centimètres, lacune doublée de ponts thermiques et de malfaçons supervisés avec un manque de rigueur évident, par le cadre technicien – condamné en première instance à deux ans de prison avec sursis.
Hier, ce dernier a plaidé à la barre la « course au profit » d’une entreprise « ne voyant que le rendement », assurant avoir dans le passé déjà fait part de ses réticences sur certains chantiers… Ce que ne semble pas confirmer l’instruction, rappelle M e Bouthier.
Même pas muni d’une torche électrique pour examiner les travaux d’un salarié – ancien carreleur intronisé poseur depuis quelques semaines – le technicien assurait n’avoir « pas son mot à dire » lorsqu’il constatait des lacunes. Celles de Rosières-aux-Salines étaient pourtant évidentes. Avec une succession d’incompétences cumulées, le regard se tourne vers l’entrepreneur et sa responsabilité dans l’embauche. Le métier, il est vrai, ne nécessite aucun diplôme pour exercer. « Je me suis renseigné auprès de confrères, et je me suis appuyé sur le CV » a-t-il expliqué aux magistrats.
Dans un bain mêlé d’inconséquence et de négligence s’est progressivement bâti le scénario tragique laissant une famille en pleurs autour du père de famille. « Il est inconsolable, il a dû arrêter de travailler et retourner chez ses proches car il ne supporte plus de vivre seul » a rappelé Me Bourgaux. L’avocat général M. Jaumier stigmatise les « fautes caractérisées « de Philippe Brethenoux, « d’employer des personnes n’ayant pas la compétence nécessaire » et réclame confirmation du premier jugement : un an de prison ferme, 18 mois avec sursis. « Mon client avait plusieurs entreprises, il n’a jamais tenté de masquer qu’il n’était pas un professionnel des cheminées » insiste M e Bouthier, axant son argumentaire sur la « délégation de pouvoirs », renvoyant vers la faute du technicien : « Il ne fallait pas valider le chantier, l’omniscience ne vient jamais toute seule » martèle-t-il. C’est autour de cette question que se concentrera la réflexion de la cour d’appel de Nancy, qui se prononcera, après en avoir délibéré, le 26 avril.
http://www.estrepublicain.fr/actualite/2012/02/10/drame-de-rosieres-un-an-de-prison-requis
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