dimanche 4 mars 2012

Quand Facebook devient Fessebook

Elle l’a quitté sans rien dire, il voulait la « faire réagir » pour avoir des explications. La méthode employée ? Plusieurs profils Facebook créés au nom de son ex en y déposant ses photos et vidéo érotiques…

«NOUS étions ensemble depuis le mois de mars. En juin, elle m’a quitté sans rien dire. Elle a disparu complètement. Je n’avais plus aucune nouvelle d’elle. Comme j’étais en souffrance, j’ai voulu faire quelque chose pour qu’elle réagisse, pour qu’elle me donne au moins une explication. »
Le résultat a dépassé ses espérances. Son ex-petite amie a si bien réagi que Léon — appelons-le ainsi — se retrouve devant le tribunal correctionnel de Reims. Il faut dire qu’il a fait fort : créer plusieurs profils Facebook au nom de la jeune femme en y déposant des photos érotiques d’elle prises pendant leur relation ! Il y avait aussi une vidéo.

L’image et le son

Rémois de 39 ans, Léon a créé six profils entre juin et novembre 2011. Les photos représentaient la demoiselle en très petite tenue, posant devant l’objectif de façon suggestive. Sur la vidéo, elle danse avec la volonté de séduire, uniquement vêtue de bas.
« Il a rendu les profils totalement publics ! », s’étrangle l’avocat de la plaignante, Me Laurent Thieffry. « Tout internaute inscrit sur Facebook pouvait les consulter. Et il contactait les connaissances de ma cliente pour les inviter à venir voir les profils. Ce n’est pas tout ! Il y avait son numéro de portable, sa profession, son lieu de travail et tous les lieux qu’elle fréquente habituellement à Reims. N’importe quel malade aurait pu la retrouver ! Deux personnes l’ont appelée sur son portable mais heureusement, il s’agissait d’internautes animés de bons sentiments. Ils voulaient la prévenir de l’existence de ces profils qui sentaient la vengeance. C’est comme ça qu’elle l’a su. »
Un jour, la demoiselle a retrouvé les pneus de sa voiture crevés mais Léon, sur ce coup, affirme qu’il n’y est pour rien. L’enquête n’a pu démontrer le contraire. Les dégradations mises de côté, le tribunal se concentre sur l’essentiel en jugeant Léon pour « atteinte à l’intimité de la vie privée par fixation ou transmission de l’image d’une personne ».

Amour fou

Le procureur réclame trois mois de prison assortis d’un sursis avec mise à l’épreuve.
« C’est une histoire d’amour ! », tonne Me Dominique Rance en défense. « Il aime cette jeune fille, très jolie au demeurant. Il l’aime tellement que lorsqu’il a été muté à la Guadeloupe pour son métier, il a fait des pieds et des mains pour revenir à Reims. À son retour, elle l’a repris dans ses bras puis elle l’a rejeté et ils se sont disputés. Je constate également qu’après le dépôt de plainte en juillet 2011, elle est retournée voir la police en novembre 2011 pour la retirer, avant de la déposer à nouveau. Son comportement est pour le moins versatile. »
Moins choquant que celui de Léon, ont estimé les juges. Condamné à trois mois de prison avec sursis, il devra verser 1 000 € au titre du préjudice moral et de l’atteinte au droit à l’image subis par son ex, qu’il ne s’est pas contenté d’importuner sur Facebook.
Me Thieffry : « Il s’est permis d’écrire à plusieurs personnes de son entourage, jusqu’à son employeur, et de se présenter sur son lieu de travail, pour répandre les pires rumeurs sur des histoires de parties fines et de prostitution. » Les déboires de l’ex-directeur du FMI semblent donner de mauvaises idées.
http://www.lunion.presse.fr/article/marne/quand-facebook-devient-fessebook

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