jeudi 10 mai 2012

Témoignage. À 4 h du matin, il arrache un homme à la Loire

Guillaume Morvan, un barman de 35 ans, s'est jeté lundi dans le fleuve, à Nantes, pour sauver un homme de la noyade.
« Il était tard, je rentrais du Chien Stupide, le bar où je travaille, à Nantes. J’étais sur mon vélo lorsque j’ai remarqué cette voiture moteur tournant, près du pont de Pirmil. Ca m’a intrigué, j’ai fait demi-tour, j’ai jeté un œil vers la Loire… Et j’ai tout de suite vu un homme au milieu de l’eau. J’ai attrapé mon téléphone en l’interpellant. Il m’a crié qu’il ne savait pas nager, qu’il allait se noyer. J’ai appelé les policiers…
Je ne savais pas quoi faire. Je regardais le fleuve. Je pensais à ma fille, à ma femme. Aux tourbillons. Mais je ne pouvais pas laisser un type comme ça, sans réagir. Je ne me le serais jamais pardonné. Et puis j’ai vu sa tête qui coulait. Il était à quinze mètres de moi à peu près. Je me suis « dessapé » à toute vitesse et je suis entré dans l’eau pour le rejoindre. La température de l’eau ? Aucun souvenir, c’est bizarre. À 5 h du mat’même pas, elle ne faisait pas 28° c’est sûr.
Je suis plutôt bon nageur, j’ai réussi à l’agripper. Je l’ai tiré comme j’ai pu, c’était pas facile. Je ne pouvais pas l’attraper par ses vêtements : il s’était déshabillé presque entièrement. J’ai réussi à maintenir sa tête hors de l’eau. Il était inconscient déjà. J’avais peur qu’il revienne à lui et qu’il se débatte, qu’il me fasse couler avec lui. D’autant que c’est quelqu’un de forte corpulence.
Le fleuve était calme, heureusement. Et les policiers sont arrivés alors que j’étais encore dans l’eau. Ils m’ont aidé à le sortir. Ils ont commencé à pratiquer un massage cardiaque, et les pompiers ont pris le relais très vite. Ils n’étaient pas très optimistes, mais on nous a dit depuis que ce monsieur d’une cinquantaine d’années, qui habite à Rezé (Loire-Atlantique), comme moi, était tiré d’affaire.
Moi j’ai passé une sale journée après ça. J’ai réalisé que j’avais pris des risques, je me demandais si j’avais réussi à le sauver. Impossible de dormir. C’est seulement dans la soirée que j’ai commencé à pouvoir en parler. Ça m’a fait du bien. Ça va aller maintenant. Sur tout s’il est vraiment hors de danger, définitivement. »

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