L'affaire est complexe et loin d'être terminée. Mais, depuis quelques jours, les enquêteurs de la division des affaires économiques et financières de la Direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) de Bordeaux y voient plus clair dans le dossier BME, du nom de la société Biomedical Electronics, installée à Artigues-près-Bordeaux. Les auditions de Pascal Luong et Henri Lellouche, les précédents propriétaires, désormais mis en examen et placés sous contrôle judiciaire pour escroquerie en bande organisée, blanchiment aggravé, faux et usage, ont permis une avancée spectaculaire des investigations menées sous la conduite du juge d'instruction Guillaume Cotelle, du tribunal de grande instance de Nice.
Car c'est sur la Côte d'Azur qu'a vu le jour en 1981 GIAP Electronics, avant de devenir BME, et de travailler à Nice et Artigues. Biomedical Electronics travaille avec des professionnels de santé, fabrique et commercialise auprès de 2 000 praticiens en France, mais aussi dans le monde entier, des appareils médicaux et paramédicaux esthétiques. La niche est porteuse mais voilà, aujourd'hui, BME, avec un chiffre d'affaires consolidé de 15 millions d'euros, est au bord du dépôt de bilan.
Une plainte en 2010
Gérard Cola, le président de BME, est un homme qui a les pieds sur terre. Pourtant, il s'est fait flouer quand il a racheté la société pour près de 2,5 millions d'euros, auxquels s'ajoutent 4,7 millions d'euros pour les sociétés FME, Laser Pro et DLS, cédées dans le même ensemble. « J'ai perdu toute une vie de travail », confie-t-il. « Je suis la cinquième victime de ces escrocs en col blanc qui nous ont conduits à la ruine. »
Gérard Cola ne les nomme pas, mais il désigne Pascal Luong et Henri Lellouche, visés dans la plainte avec constitution de partie civile qu'il a déposée au printemps 2010 auprès du juge niçois. Trois ans après avoir fait l'acquisition de BME, il a découvert que les vendeurs avaient sciemment dissimulé la véritable situation de la société. « C'est simple, raconte, très amer, Gérard Cola. Ils vendaient du matériel non autorisé et je me suis aperçu que l'ensemble du chiffre d'affaires était gonflé et établi par des ventes illégales. »
Afin d'appâter Gérard Cola, les vendeurs lui avaient même proposé de l'aider un certain temps en lui prodiguant des conseils sur place. BME était pourtant depuis longtemps dans le collimateur de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). En 2000, la société avait été destinataire d'un courrier pointant la mise sur le marché de dispositifs médicaux non-conformes à la réglementation européenne.
Des biens saisis
Plus tard, en 2003, un praticien du Vaucluse, spécialiste de médecine esthétique, fera une déclaration d'incident survenu avec un appareil dermatologique. Pascal Luong, qui dirigeait la société à cette époque-là, fournira une fausse attestation, comme cela a été le cas pour des certificats de libre vente vers l'étranger, en particulier la Russie. Les dirigeants de BME imitaient la signature du directeur de l'évaluation des dispositifs médicaux et avaient contrefait le tampon encreur de l'Afssaps, en oubliant toutefois une lettre.
Deux autres complices présumés, Frédéric Varin et Patrick Danciu, ont été interpellés et également mis en examen. Comme Pascal Luong et Henri Lellouche, ils bénéficient, eux aussi, de la présomption d'innocence à ce stade de la procédure. Ils ont, semble-t-il, profité dans une moindre mesure de l'escroquerie, mais Patrick Danciu a été retrouvé par la PJ alors qu'il s'était confortablement installé à Miami, aux États-Unis.
Selon les investigations de la police judiciaire, l'argent récolté par la vente de BME aurait été réinvesti principalement dans l'immobilier.
D'ores et déjà, les enquêteurs envisagent de procéder à des confiscations de biens et à des saisies dans le cadre de la loi Warsman. « Ils ont les moyens de rembourser », dit Gérard Cola, qui espère maintenant trouver les moyens pour sauver encore son entreprise où travaillent 35 personnes. Avec, pourquoi pas, une aide de l'État ou des investisseurs privés.
http://www.sudouest.fr/2012/12/04/le-patron-de-bme-a-ete-floue-898251-2780.php
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