Se venger. La loi du Talion pour régler son différend commercial. Un Narbonnais aujourd'hui âgé de 42 ans, n'avait que cela en tête après une rhinoplastie qu'il estimait ratée. Il y pensait tous les soirs en prenant ses médicaments. En septembre 2009, il était en partie passé à l'acte en s'en prenant à son chirurgien bordelais. Œil pour œil… nez pour nez.
Selon lui, l'opération pratiquée un an plus tôt à l'hôpital Pellegrin de Bordeaux pour gommer l'inélégance d'une bosse sur son nez, était un échec. Suite à l'intervention chirurgicale, il respirait très mal par le nez, ne dormait que quelques heures par nuit. Il avait bien saisi la justice civile, mais trouvait que le dossier traînait.
Une juge remplacée
Il avait donc ruminé sa froide vengeance. Il s'était rendu à Bordeaux armé d'un pistolet à impulsion électrique et d'une barre de fer. Avec la ferme intention de casser le nez du chirurgien qui le recevait dans son bureau de consultation. Au début de l'entrevue, il avait immobilisé le médecin avec le pistolet, mais il n'était pas allé au bout de sa démarche et avait pris la fuite. Retrouvé, il avait été mis en examen pour violences aggravées, notamment à cause de la préméditation et de l'utilisation d'une arme.
Plus de trois ans plus tard, l'affaire était appelée, mercredi, devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. Devant une formation un peu inhabituelle. Car le chirurgien, absent à l'audience, n'était pas un inconnu pour l'un des assesseurs qui avait déjà eu recours à ses services. Il a donc fallu remplacer la juge qui aurait pu être taxée de partialité et dont la décision pouvait être attaquée.
Comme le prévoit le Code de procédure pénale - et comme le suggérait l'heure avancée, mercredi après-midi - c'est une avocate expérimentée qui a momentanément remplacé la juge et s'est assise dans la formation collégiale.
Face à ses juges, le Narbonnais n'en menait pas large. Il a redit le pourquoi de cette expédition punitive soigneusement préparée, a expliqué qu'il avait pris soin d'emporter un… coussin, à placer sous la tête du chirurgien au moment de lui casser le nez ! « Sous ou sur la tête ? », s'est fait préciser la présidente Frédérique Gayssot, visiblement inquiète du comportement du prévenu. Le quadragénaire a enfin avoué qu'il s'était bloqué, se sentant finalement incapable de frapper le chirurgien. « C'est un être humain. »
Défendant le médecin, Me Patricia Gravelier a rappelé la peur qui a été celle de son client. Le choc de l'agression et de la décharge. Elle a demandé 12 000 euros pour réparer le préjudice moral.
Prenant la mesure des faits, le vice-procureur, Frédéric Clot a requis trois ans de prison avec sursis. Pour la défense, Me Uldrif Astié a souligné le temps qui a passé depuis les faits. « Mais pas l'inconfort physique et psychologique ressenti après la rhinoplastie. » L'avocat a mis en avant le fait que l'agresseur, s'il avait fomenté son projet de longue date, ne l'a pas totalement mis à exécution et s'est même dénoncé en rentrant chez lui à Narbonne. Il a demandé l'indulgence du tribunal pour ce « craquage en règle ».
La procédure civile entre les deux hommes, censée régler le litige après l'opération ratée a tourné court après l'agression. Faute de suivi régulier de la part du Narbonnais. Après en avoir délibéré, le tribunal l'a condamné à deux ans de prison dont dix-huit mois avec sursis et mise à l'épreuve. Il devra indemniser sa victime à hauteur de 5 000 euros.
http://www.sudouest.fr/2012/12/08/un-patient-avait-son-chirurgien-dans-le-nez-902507-2780.php
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