mercredi 6 mars 2013

Bayonne : malaise après la tentative de suicide du postier

Une tentative de suicide, de même que ses causes et ses conséquences, doit toujours être prise au sérieux. Lorsqu'elle survient dans une grande entreprise en pleine mutation et qu'elle porte les stigmates d'un mal-être au travail, elle peut même devenir une affaire d'État. Ainsi, ce postier de Bayonne qui a voulu mettre fin à ses jours hier sur son lieu de travail. L'homme s'est pendu dans la cour de la poste centrale, vers 7 h 40, tandis que ses collègues procédaient au tri du courrier, à l'intérieur du hangar. Par chance, l'un d'eux fut témoin de la scène.
« En le voyant, un collègue s'est mis à crier, raconte le délégué CGT Antton Lamothe. Plusieurs postiers sont allés l'aider. Heureusement que quelqu'un était dehors, sinon, c'était la catastrophe absolue. Nous sommes tous sous le choc. Désormais, le camarade est soigné à l'hôpital. Ses jours ne sont pas en danger. »

Tournées problématiques
L'homme, un quadragénaire employé depuis près de dix ans dans la sous-préfecture des Pyrénées-Atlantiques - et salarié de La Poste depuis plus de vingt ans -, a laissé une lettre avant de commettre son geste. Il y décrirait ses conditions de travail difficiles, et le malaise qui les accompagne.
Soulagés d'avoir échappé à l'irrémédiable, les facteurs bayonnais n'en restent pas moins indignés. Beaucoup d'entre eux considèrent en effet le geste de leur collègue comme une réponse à des journées trop « denses et stressantes ». Selon Philippe Lataste, « les surcharges de boulot sont de plus en plus lourdes ». « Notre collègue l'a mal vécu, ce que nous comprenons parfaitement, poursuit l'agent, écœuré. Il faut savoir qu'il effectue sa tournée dans la zone de Saint-Pierre-d'Irube, où 500 logements ont été construits. Au bout d'un mois, ces nouvelles boîtes aux lettres sont remplies, mais on n'en tient pas compte. »
D'après le responsable régional de la communication, Cyril Pelissou, « cette analyse n'intègre pas une distribution du courrier en baisse de 15 % ». Ce à quoi les agents ripostent en pointant « la baisse constante des effectifs ». « Des alertes ont déjà été données à la direction sur le cas de notre collègue, indique Antton Lamothe. La productivité est garantie, mais ce n'est pas le cas des conditions de travail. »
Avant la tenue extraordinaire d'une réunion du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de La Poste, hier après-midi, des membres du personnel exprimaient une colère froide. « Le personnel doit se réunir en assemblée générale ce mercredi, explique Antton Lamothe. Si des mesures concrètes ne sont pas décidées pour changer la situation, nous en prendrons acte. »
Hier, l'encadrement a commencé à réagir par la voix de Magali Mignard, directrice des ressources humaine, pour les départements des Pyrénées-Atlantiques, des Hautes-Pyrénées et des Landes.
La direction attend l'enquête
« La direction, comme tous les postiers de Bayonne, est profondément choquée par cet événement grave, commente-t-elle. Heureusement, le pire a pu être évité grâce à l'intervention d'un collègue. Après quoi, nous avons pu appeler les secours. »
Interrogée sur l'alerte qu'aurait adressée le CHSCT aux dirigeants de la poste centrale sur le mal-être du postier hospitalisé, Magali Mignard préfère temporiser : « Le temps n'est pas à la polémique, une enquête va être réalisée. »
Pour l'heure, la directrice régionale des ressources humaines annonce « la mise en place d'une cellule d'écoute auprès du personnel. Elle sera constituée d'un médecin du travail et de membres de l'encadrement local, et elle se poursuivra aussi longtemps que nécessaire. Par ailleurs, il a été décidé qu'aucun postier de Bayonne ne distribuerait le courrier aujourd'hui [NDLR : hier]. La situation est complexe. Laissons maintenant l'enquête suivre son cours. »

http://www.sudouest.fr/2013/03/05/malaise-apres-la-tentative-de-suicide-du-postier-984667-7.php

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