Après quelques amabilités d’usage, l’automobiliste démarre en trombe. Le chasseur brandit son fusil et fait feu sur la voiture. Résultat : un pneu crevé et de la carrosserie plombée.
L’enquête de gendarmerie permet vite d’identifier le flingueur. Il s‘agit du président en poste de l’ACCA locale, un homme de 27 ans. Après avoir nié, il finit par reconnaître les faits, lors de sa garde à vue. Hier, à la barre du tribunal, il reconnaissait avoir mal agi mais dit avoir été énervé par l’attitude du conducteur qui refusait de baisser sa vitre pour discuter.
« Mais discuter de quoi ? En général, dans ce type de situation, c’est un mélange de doigts d’honneur et compagnie. Et comme l’automobiliste ne veut pas parler, vous épaulez et vous tirez, hein ! Vous avez vu “Délivrance”, de John Boorman ? Là aussi il y avait de sacrés bons chasseurs ! Après cela, on s’étonne que l’image des chasseurs soit ce qu’elle est », mitraille et défouraille le président Troilo. À cet égard, la Fédération du Doubs, qui lutte pour que ses adhérents ne soient pas « catalogués comme des excités », dixit le président du tribunal, réclame 1 000 € de préjudice pour l’atteinte à son image.
« Bon sang, ce n’était pas un sanglier ! »
« Sur le coup de la colère, je n’ai pas réfléchi », ose le prévenu. « Bon sang, ce n’était pas un sanglier dans la voiture ! Et en plus, vous étiez le président de l’association », dégomme de plus belle Alain Troilo. La procureur Gamain se dit choquée « par le manque de sang-froid » du chasseur et lui rappelle que pour des faits de cette nature, il encourt dix ans de prison et 150 000 € d’amende. Elle n’ira pas jusque-là, mais invite le tribunal à retirer son permis de chasse au prévenu avec interdiction d’en solliciter un avant deux ans. Elle requiert la confiscation des cinq fusils et carabines retrouvés lors de la perquisition et l’interdiction de détenir une arme durant deux ans. Elle justifie le tout par ses craintes face à « quelqu’un qui ne sait pas se maîtriser ».Me Hantz, l’avocate de la défense, dresse un portrait diamétralement opposé de son client « calme, serviable, irréprochable ». Elle loue sa « responsabilité. Le 2 janvier, il envoyait un mail aux adhérents de l’ACCA dans lequel il écrivait : « J’ai vu rouge, j’ai tiré », qualifiant lui-même son geste d’inadmissible. Il a d’ailleurs démissionné ». L’avocate tente d’expliquer la réaction de son client par un précédent événement. « En 2009, l’un de ses chiens a été écrasé par un chauffard. Ce traumatisme a ressurgi… »
Le tribunal a néanmoins suivi, à la lettre, les réquisitions du procureur. Le désormais ex-chasseur est condamné, en outre, à verser 150 € à la Fédération du Doubs et quelque 1 000 € pour les réparations à l’automobiliste pris pour cible.
http://www.estrepublicain.fr/actualite/2013/03/08/j-ai-vu-rouge-j-ai-tire
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