mercredi 16 novembre 2011

Accident mortel : le jeune conducteur face aux juges

Sud de l'Aisne. En juillet, les imprudences d'un conducteur ont causé la mort d'un jeune père de famille. Il a été condamné à de la prison ferme et doit verser plus de 100.000 euros de dommages et intérêts.

SAMUEL CERESER s'est endormi sur la banquette arrière d'un véhicule. Il ne s'est jamais réveillé. Ce père de deux enfants, domicilié à Fismes, allait fêter ses 31 ans. Il a été arraché à ses proches lors d'un tragique retour de soirée. La voiture a filé tout droit dans un virage.
Le Fismois, passager arrière gauche, a été éjecté par la lunette arrière lors des multiples tonneaux. Ses jours se sont terminés dans un champ en bordure de la départementale 6, à hauteur de la commune de Courmont (canton de Fère-en-Tardenois)

Deux ans de prison
« C'était un bon ami, ce qui est de plus en plus rare aujourd'hui », déclare celui qui conduisait le véhicule, ce dimanche 10 juillet 2011 à 6 heures du matin, Aurélien Piat. Ce petit brun, âgé de 22 ans et domicilié à Berry-au-Bac a été jugé hier, puis condamné, par les magistrats du tribunal correctionnel de Soissons pour « homicide involontaire, avec circonstances aggravantes ». Il écope d'une peine de deux ans de prison, dont un an ferme. En outre, son permis de conduire est annulé avec interdiction de le passer durant deux ans. Enfin, il doit verser plus de 100 000 euros aux proches du défunt.
Titulaire du permis de conduire depuis un an environ, Aurélien Piat vit chez ses parents dans le Laonnois et travaille en intérim dans une usine. Il a connu Samuel Cereser, six ans auparavant, lors d'un apprentissage. C'est le défunt qui l'a formé au métier de carreleur.
Dans la nuit du samedi 9 au dimanche 10 juillet dernier, Aurélien, ainsi que Samuel et de nombreux amis, sont à une fête. Une trentaine de personnes participent à ce rassemblement qui a lieu dans un bois à la frontière entre le Sud de l'Aisne et la Marne. Le principe est proche de celui d'une « rave-party » : une sono est « posée », et chacun amène sa boisson. Parfois même sa drogue, puisque d'après les personnes auditionnées lors de l'enquête, amphétamines et cannabis sont également de la fête.
« Vers 3 h 30, je suis allé me reposer dans ma voiture », indique Aurélien Piat. Au cours de la soirée, il a avalé quelques bières et siroté un brin de vodka, d'après ses dires. Au petit matin, vers 5 heures, il prend trois passagers dans son véhicule. Parmi eux, Samuel Cereser. Ils ont tous bien fait la fête. Sur la route entre Dormans et Fismes, le drame se produit juste avant une courbe.

Vitesse, alcool et stupéfiants
« Il y avait une grande ligne droite avant, je me suis permis d'accélérer. Je roulais à 100 ou 110 km/h. En arrivant au niveau du virage, j'ai commencé à freiner. Un animal est arrivé sur la droite, j'ai écrasé la pédale de frein. La voiture a commencé à chasser par l'arrière », raconte Aurélien Piat. L'avocate de la famille de la victime, Me Bronquart (barreau de Reims) contredit les propos et insiste sur un point. « D'après les traces de freinage, la vitesse peut être estimée à environ 150 km/h. »
La Citroën Saxo Vts fait quatre tonneaux. Samuel Cereser, qui n'a pas sa ceinture, est projeté dans le champ de blé. Le conducteur et les deux autres passagers s'en sortent avec quelques égratignures. Les analyses de sang révèlent que le conducteur a consommé alcool et stupéfiants. Son taux d'alcoolémie ce matin-là (0,53 g./l.) dépasse tout juste le taux légal (0,50 g./l.). Quant aux drogues, des traces de cannabis et d'amphétamines sont détectées. « C'était lors d'une soirée la semaine précédente. Je n'ai rien consommé cette nuit-là », martèle le jeune homme.
« Vous voulez l'absolution parce que vous avez consommé des substances interdites huit jours avant », rétorque le procureur de la République Isabelle Pagenelle. Avant de poursuivre : « Tout ceci n'est pas le fait du hasard : lorsque l'on est sous l'emprise de l'alcool, des stupéfiants et de la vitesse, on n'évite rien. Les erreurs que vous avez commises ont coûté la vie à un homme ».
L'avocat de la défense, Me Bachy, ne tente pas de minimiser les faits. Néanmoins, il insiste sur la bonne intention du jeune Aurélien Piat.
« Il avait fait en sorte de ne pas trop boire au cours de cette beuverie organisée. Il avait pris les dispositions suffisantes selon lui ».
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/accident-mortel-le-jeune-conducteur-face-aux-juges

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