mercredi 18 janvier 2012

Abus de faiblesse : 140 000 euros de « gentillesses »

Ménage, cuisine... Longtemps, Monique s'est occupée un peu de tout chez ce vieux monsieur carolo. Jusqu'à son compte en banque et son assurance-vie.

DANS ce dossier, on est quand même sur des sommes très importantes », euphémise la présidente Jennyfer Picoury. Monique, prévenue âgée de 70 ans, est absente pour raisons médicales. Elle est accusée d'abus de faiblesse sur Henri, décédé fin 2005 à l'âge de 94 ans.
Depuis 1995, Monique s'occupait un peu de tout chez ce Carolomacérien, isolé et coupé de sa famille : les courses, le ménage, etc. Sur les deux dernières années de sa vie, Henri a retiré plus de 85.000 euros en présence de Monique, chargée ensuite de garder l'argent à son domicile. Il a également changé en sa faveur l'assurance-vie de 55.000 euros initialement destinée à son petit-fils.
Entendu peu avant sa mort par les policiers, le vieux monsieur a confirmé les « prêts », Monique, qui était rémunérée 145 euros par semaine, a de son côté parlé des « dons » effectués par celui qu'elle considérait « comme (son) grand-père ». Un « grand-père » qui, selon les experts, avait fini par souffrir de « déficience psychique » à l'époque des retraits effectués. « La maladie commençait à s'asseoir », résuma un expert.
Comment justifier ces 140.000 euros ? Des « gentillesses », répondit Monique face aux enquêteurs. Avec, en bonus, une « promesse de m'acheter un appartement », et celle de « s'occuper de son chien - une race très chère - si (Henri) venait à décéder », etc. Malgré les disproportions entre rétributions et services rendus, elle nie tout abus de faiblesse. « Mais dans ses dépositions, la prévenue a parfois aussi semblé un peu perdue », pointe, acide, la présidente du tribunal.
A la barre, la fille d'Henri, constituée partie civile et qui n'avait plus de rapports avec son père au moment des faits, rapporte : « J'ai reçu une lettre de la sœur de cette Monique - une femme que je n'ai jamais rencontrée - qui me disait que la prévenue se vantait des sommes obtenues lors de l'enterrement de mon père. J'ai décidé de porter plainte. »
Son avocat fustige les « tas de choses pas crédibles dans ce dossier », rappelle « le caractère très particulier de l'infraction qu'est l'abus de faiblesse ». Et résume : « Ce monsieur a été spolié dans les derniers mois de sa vie […]. C'est une insulte à la misère et aux gens dans le besoin ». Sur la même longueur d'ondes, le ministère public renchérit : « On est au-delà du vol, on profite de la faiblesse d'autrui, c'est encore plus grave ! » Et requiert six mois ferme - plus un avec sursis - pour Monique.
A l'issue du délibéré, celle-ci est déclarée coupable. En raison de son grand âge et de son casier judiciaire vierge, elle échappe à la détention et n'écope que d'un lourd sursis, 24 mois. « L'important, c'est qu'elle rembourse », sous-titre la présidente. Soit, préjudice moral inclus, près de 150.000 euros.
http://www.lunion.presse.fr/article/ardennes/abus-de-faiblesse-140-000-euros-de-gentillesses

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