mercredi 11 janvier 2012

Le récit bouleversant de la mère de Fabien Vigne

Deuxième jour du procès de David Prodhomme hier.
"Nous étions les plus heureux et puis il y a eu ce coup de couteau... J’ai ramassé une larme au coin de ses yeux que j’aurais voulu garder... Je ne peux pas accepter que l’on ait pris mon enfant de cette façon." En sanglots, Sabine Vigne livre un témoignage bouleversant, hier après-midi, devant la cour d’assises de l’Hérault. Face aux jurés, elle poursuit, digne, les yeux remplis de désespoir alors que l’intensité lacrymale est à son comble dans la salle.
"Fabien aurait voulu être pompier et il finit dans un camion de pompier, je ne peux pas l’accepter." Puis elle se tourne vers David Prudhomme, accusé d’avoir tué Fabien Vigne à la fête votive de Montarnaud, en août 2009, et le fusille du regard : "Il n’y aura jamais de pardon, jamais !"
"Je ne pensais pas me retrouver là pour l’assassinat de mon fils"
Son mari la réconforte alors, lui qui, juste avant, a laissé filtrer son amertume : "Je ne pensais pas me retrouver là pour l’assassinat de mon fils, mais après ce que je viens d’entendre." Pour ce père désemparé, la préméditation ne fait pas de doute.
L’audition d’une dizaine de témoins de chaque “camp” n’a pas permis de déterminer précisément qui a provoqué qui, dans ce "défi entre deux coqs", dixit le directeur d’enquête.
À la thèse défendue par Prodhomme, selon laquelle il aurait été provoqué du regard, puis, pris de panique après des coups réciproques, aurait sorti son couteau avant de “planter” son rival, mais sans vouloir le tuer, une autre version s’oppose. Pour le gendarme, un premier incident a opposé les deux rivaux au punching-ball : Fabien Vigne, facétieux mais aussi bien ivre, a frappé le ballon destiné à Prodhomme en lançant "C’est la fête !". Ce que ce dernier, venu avec sa bande de "bad boys", n’aurait pas supporté.
Pour l’accusation, il a ensuite ruminé cet affront en attendant le passage de la victime, avec la suite que l’on connaît. Et puis il y a cette phrase ambiguë du meilleur ami de Prodhomme, après les faits, "Je savais que tu voulais le tuer"... Alors, vengeance ? Panique ? Verdict cet après-midi.
Il met le feu pour rejoindre l’accusé en prison...

"Je lui avais dit : “David, tes copains c’est pas ça”." Le père de David Prodhomme avait vu juste. La famille avait pourtant quitté la banlieue parisienne et ses mauvaises fréquentations pour l’arrière-pays héraultais. Mais l’accusé arrête l’école en 3e . Tout juste majeur, timide, immature et écervelé, il fraye avec la délinquance en brûlant et en volant des voitures avec ses amis. Le soir du drame, il se trouve avec sa bande de Clermont-l’Hérault, notamment Hakim, qu’il considère comme son frère.
Hier après-midi, ce dernier a donné une image consternante et caricaturale de "racailleux" selon la terminologie gendarmesque. Arrogant, teigneux, agressif, il se permet des "vas-y", "si tu veux savoir" au président Cayrol qui le renvoie aussitôt dans les cordes pour le tutoiement. Il refuse de décliner son adresse et de se souvenir de la soirée. Il appelle le défunt "l’autre", faisant bouillir les proches de Fabien Vigne.
Pourtant, c’est le témoin principal, celui qui s’enfuit avec Prodhomme et le dissuade de se rendre. Puis il incendie volontairement des poubelles pour le rejoindre en prison ! "Je suis un chevalier noir", se vante-t-il. Avant de mettre, sur le compte d’un "pirateur internet", les phrases lourdes de sens envoyé via internet à l’accusé une semaine après le drame. "Je t’aime comme un frère, je savais que tu voulais le tuer ."
À la fin de l’interrogatoire, le président lui signifie que sa déposition a fait plus de mal que de bien à son “pote”. "Ouais ça l’enfonce, mais c’est ma façon de parler." Fermer le ban.

http://www.midilibre.fr/2012/01/10/le-recit-bouleversant-de-la-mere-de-fabien-vigne,441923.php

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