Arnaud Israël, un maçon de 28 ans, a été condamné hier soir à cinq ans d'emprisonnement avec sursis pour « violence ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». La victime est décédée à Bohain le 14 septembre 2008.
QUELLE peine infliger à un jeune homme accusé d'avoir donné la mort, sans le vouloir, à la suite d'une simple poussée dans le dos ? Un acte irréfléchi, commis sur un bout de trottoir, près d'un débit de boissons, à Bohain le 14 septembre 2008.
Ce jour-là, la tête de Thierry Masse, un ouvrier de 47 ans, heurte le sol dans un fracas vers 17 h 30. La victime était surnommée « Jésus » en raison d'un grand tatouage sur sa poitrine. L'accusé ne le connaissait pas. Il est intervenu à la suite d'un différend entre Thierry Masse et son oncle. C'est une bousculade qui s'achève fatalement.
Pour comprendre le décès, chacun a sa Bible. On le sait, les prophètes ont leur propre vision. L'avocate générale, Mme Leroy, requiert une peine de cinq ans d'emprisonnement dont trois avec sursis. Elle estime « En droit, le fait de pousser quelqu'un est une violence. »
L'avocat de la défense, Me Laurent, n'a pas du tout la même analyse.
Il évoque un acquittement possible en rappelant que le corps du défunt ne portait pas la moindre trace de coups. Il n'y a donc pas, selon lui, de marque d'acharnement et d'animosité de la part d'Arnaud Israël. « Il ne faut pas forcément l'accabler », dit-il en pointant les déclarations fluctuantes de témoins.
Après trois jours de débats, il faut en convenir : c'est l'histoire d'une rencontre ratée. L'accusé et la victime avaient assez de points communs pour devenir amis. Tous deux travaillaient durement de leurs mains, dans des entreprises, ou chez eux, pour rénover leur maison. Ils auraient pu se prêter des outils, partir à la pêche ensemble. Ils appréciaient de boire plus que de raison. Deux hommes avec des qualités et des défauts visibles.
Avant le drame, ils ne se sont pas adressé un mot. Pas même un regard.
L'un est mort par la faute de l'autre qui ne voulait pourtant pas lui ôter la vie. Thierry Masse est décédé sans même savoir qui était son agresseur.
Me Antonini, l'un des avocats de la famille de la victime, n'accepte pas cette fin. Il monte à l'assaut de l'accusé, jusqu'au bout de sa plaidoirie : « Vous êtes le cancer des enfants de la victime », s'exclame t-il à l'encontre de l'accusé. Ses mots frappent comme des coups de hache.
Il insiste sur le comportement « d'un lâche, d'un menteur et d'un manipulateur ». Un registre entonné par l'autre avocat des parties civiles, Me Khelfat, « On ne peut pas admettre qu'un homme soit mort pour la faute à pas de chance. »
Au bout d'un délibéré de près de trois heures, Arnaud Israël est condamné à cinq ans d'emprisonnement avec sursis et trois ans de mise à l'épreuve. Il lui est interdit d'aller dans un débit de boissons et il est obligé de se soigner pour alcoolisme.http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/cinq-ans-demprisonnement-avec-sursis-pour-une-bousculade-fatale
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