Elle a perdu son combat. Depuis la mort de son fils en 2009, elle se battait pour que son meurtrier ne soit pas reconnu fou. « Je suis déçue par la loi. Il est maintenant au chaud dans un hôpital. »
«FINALEMENT, on s'est battu pour rien. Tous nos efforts n'ont servi à rien. » Christelle Bleuse est amère. Cette maman de six enfants qui a perdu son fils aîné, assassiné le 22 novembre 2009, au fort de Montbré, à 5 kilomètres de Reims est inconsolable. Malgré la marche blanche organisée en juillet dernier, malgré la pétition lancée, Christelle Bleuse n'a pas réussi à convaincre les juges de la chambre d'instruction à Reims.
C'était le combat d'une mère pour que l'assassin de son fils soit jugé par un tribunal populaire face à une justice qui refuse de juger un fou.
Son fils aîné, Damien Decamps est entré dans l'armée le 3 novembre 2009. Deux jours plus tard, il fêtait ses 19 ans. Et quinze jours après, le 22 novembre, il était poignardé mortellement par un autre militaire.
Mise à l'écart
Une mère qui dès le départ a été mise à l'écart de l'enquête sur la mort de son fils. « L'armée ne voulait pas que je parle à la presse. Ils ne m'ont pas laissé parler aux autres soldats qui se trouvaient avec mon fils. Juste après les honneurs militaires au cimetière de Mont-D'Origny, ils ont repris la route sans que j'ai pu les approcher, prendre des numéros de téléphone », expliquait-elle dans nos colonnes en juillet dernier.
Après être sortie de l'abattement qui a fait suite à l'annonce du décès, elle a voulu connaître les derniers instants de la vie de son fils. Elle attendra près d'un an et demi pour savoir enfin comment il a été agressé, comment il est précisément décédé. En avril 2011, elle reçoit ainsi la copie du rapport d'autopsie. Un choc.
Peu à peu, ses craintes se précisent. Elle sait, pour avoir lu les journaux et s'être entretenue avec son avocat que la défense veut faire passer le meurtrier de son fils pour fou. Malgré tout, elle garde espoir, un des psychiatres qui l'a examiné en prison où il est en détention provisoire depuis novembre 2009 n'affirme-t-il pas qu'il peut être jugé ? « Il a tué un être humain, ce n'est pas rien. Je voulais qu'il soit condamné, qu'il passe plusieurs années en prison pour avoir pris mon fils. »
Et puis, en juillet dernier, lorsque Christelle Bleuse reçoit les réquisitions écrites du vice-procureur de la République de Reims, Laurent de Caigny, elle chancelle. Après examen des conclusions des experts psychiatres, il estime « opportun et convenable pour le bien de la justice » de demander à la Chambre d'instruction qu'elle constate l'irresponsabilité pénale. « C'était donc la raison de la marche blanche couplée à la pétition pour que justice soit rendue. Pour que mon fils puisse reposer en paix. »
« À moi, il m'a paru tout à fait normal »
Courageusement, épaulée par les plus grands de ses enfants, elle s'est rendue le 24 novembre à l'audience à huis clos de la chambre d'instruction à Reims. « Cela a duré une heure, pas plus. »
Elle qui, depuis novembre 2009 brûlait de voir le meurtrier de son fils, n'a pas cessé de le fixer durant toute l'audience. « Il le fallait. Il est plus petit que mon fils et il fait très jeune. Il a répondu aux questions du président, puis les psychiatres sont venus, les quatre, ils ont parlé tour à tour avant les avocats. Moi, je n'ai rien pu dire. »
Sur les faits, Emile N., 19 ans, n'a pas dit grand-chose. « Il a dit qu'il n'avait rien contre mon fils, simplement qu'il le gênait pour pouvoir tuer son chef. Il a expliqué qu'il entendait des voix. À moi, il m'a paru tout à fait normal. À le voir, à l'entendre, il n'a rien d'un fou. »
Christelle Bleuse explique également que le meurtrier de son fils n'a eu aucun mot pour elle. « Ni regret, ni remords, ni excuse. En même temps, je sais que je ne pourrais jamais lui pardonner. »
Une fois l'audience finie, l'attente longue, douloureuse. Le 2 décembre, l'avocat de Christelle Bleuse appelle. « Il a été reconnu coupable d'avoir tué mon fils mais il a été jugé irresponsable pénalement. Il a été interné en hôpital psy. Il a aussi l'interdiction de détenir une arme pendant 20 ans. L'an prochain, si son état mental soudainement s'améliore, s'il est guéri, il peut être libre ? Ça fait mal. Un sentiment de gâchis. Aujourd'hui, j'ai encore dû mal à accepter cette décision. Il m'a fallu du temps, pas mal de temps, pour informer mon entourage, ceux qui connaissaient Damien de cette incompréhensible décision de justice. »
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/le-meurtier-de-damien-juge-irresponsable
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire