vendredi 16 mars 2012

Drame à la sucrerie : les zones d'ombre de l'enquête

Les deux intérimaires décédés mardi, après avoir été ensevelis sous des tonnes de sucre, étaient-ils suffisamment formés ? Dans quelles circonstances des trappes ont-elles été ouvertes, provoquant ainsi l'aspiration du sucre et des victimes ? Deux questions essentielles auxquelles tente de répondre l'enquête.

LES cordistes étaient des professionnels expérimentés. Et pourtant… Chargés de l'enquête de flagrance, les gendarmes de la brigade de recherches de Reims cherchent toujours à expliquer les circonstances tragiques dans lesquelles deux ouvriers de l'entreprise Carrard Services ont pu périr ensevelis sous plusieurs tonnes de sucre, mardi, en fin de matinée, dans une cuve de la sucrerie Cristal Union de Bazancourt (l'union d'hier). La question est notamment de savoir avec précision par quel mécanisme et pour quelles raisons les victimes ont été aspirées comme dans le siphon d'un sablier.
Deux axes de réflexion préoccupent particulièrement le parquet de Reims qui s'interroge sur « les conditions d'emploi et de recrutement » dans lesquelles les deux techniciens ont été amenés à effectuer leur mission de curetage des cuves, mais aussi sur les circonstances qui ont conduit à l'ouverture de trappes au bas du silo alors qu'une équipe de nettoyage se trouvait en manœuvre à l'intérieur de la cuve. Seule certitude pour le moment : la force d'attraction exercée par les tonnes de sucre se délitant soudainement a eu pour conséquence de provoquer un effet de sablier, aspirant littéralement les deux ouvriers vers le bas dans un torrent de plusieurs milliers de tonnes de sucre.
L'équipe spécialisée était constituée de « six personnes », précise le procureur de Reims, Fabrice Bélargent, dont « trois intérimaires » qui avaient été recrutés par Carrard Services « le jour même ».

Vérifications

Elle avait pour mission de nettoyer la cuve du silo. Une opération sur terrain mouvant nécessitant aux intervenants d'être encordés pour progresser sur les tas de sucre devant être poussés vers les trappes d'évacuation. Les victimes se trouvaient sur un monticule plus en aval que ceux de leurs collègues quand le drame s'est produit, ce qui n'a pas manqué de leur laisser peu de chance de s'en sortir. En quelques secondes, ils ont été irrésistiblement entraînés vers le fond, s'enroulant autour de la même corde. Deux autres techniciens qui se trouvaient alors en amont ont eu le temps de sauver leur vie lorsqu'ils ont vu le sucre s'effondrer. L'un d'eux a pour cela été contraint de couper sa corde.
Qui a ouvert les trappes et pourquoi ? C'est donc la première zone d'ombre dans ce dossier. Et non des moindres. La seconde porte sur les circonstances dans lesquelles les victimes ont été amenées à intervenir. Le parquet et l'Inspection du Travail cherchent notamment à vérifier si ces dernières, fraîchement embauchées du matin, étaient suffisamment formées pour la mission qui leur avait été confiée. Autre vérification importante : le protocole d'intervention lié au contrat de sous-traitance signé entre Carrard Services et Cristal Union.
Silencieuse jusque-là, la direction de l'entreprise d'intérim spécialisée a cependant indiqué, hier, dans un communiqué de presse, que ses deux employés décédés étaient des « cordistes professionnels » (lire par ailleurs).
Il n'en demeure pas moins qu'outre ces deux importantes zones d'ombre, d'autres questions se posent. En particulier : pourquoi les victimes n'ont-elles pas été retenues par les cordes et pour quelles raisons n'ont-elles pas pu être remontées à temps ? En attendant pour les enquêteurs d'y voir plus clair, l'autopsie des corps qui a eu lieu hier après-midi à l'Institut médico-légal de Reims ne devrait pas fournir, en tout cas, de réponses déterminantes, sinon que les deux cordistes ont très probablement succombé à une asphyxie. Aussi, faire toute la lumière sur cet accident tragique pourrait-il nécessiter du temps. Dans ce cas, le parquet pourrait ouvrir une information judiciaire pour homicides involontaires.
http://www.lunion.presse.fr/article/marne/drame-a-la-sucrerie-les-zones-dombre-de-lenquete

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