Chaque différend conjugal dont l'épilogue s'écrit dans une salle d'audience laisse toujours ce sentiment étrange d'entrer par effraction dans la vie d'un couple déchiré.
Cette fois, c'était à Rethel, avec Yohann dans le rôle principal. Douze ans qu'il est avec celle qui est devenue sa femme et qui lui a donné quatre enfants. Chauffeur poids lourd, cet homme de 31 ans, jugé mercredi après-midi par le tribunal correctionnel de Charleville-Mézières, se trouve souvent loin du domicile conjugal.
Le 14 mai, son épouse, excédée par des supposées infidélités, finit par lui annoncer qu'elle souhaite rompre.
Yohann encaisse mal : il assène deux coups de poings dans l'épaule de celle qui porte alors dans ses bras leur dernier enfant, âgé de 21 mois. Dans la foulée, Yohann empoigne le fusil de chasse de la maison, braque sa compagne avant de retourner l'arme contre lui, là encore sans appuyer sur la gâchette. L'épouse s'enfuit.
Pour cette « violence sans incapacité », le bouillant mari est en récidive : en 2008, il avait menacé un vigile de manière si entreprenante qu'il avait dû aller se refroidir quelque temps les méninges en prison ; en 2005, il avait écopé de cinq mois ferme pour d'autres violences. Et avant, l'alcool au volant lui avait déjà coûté quelques mentions au casier.
"Déçu" d'être quitté
A la barre, Yohann, dont les paroles sont rendues inaudibles par la déplorable acoustique de la salle annexe où se déroulent les débats, reconnaît les faits. « Le fusil n'était pas chargé », tente-t-il de nuancer. Par le passé, Yohann reconnaît avoir déjà donné « une gifle » à sa femme. L'idée d'être quitté l'a « déçu », ajoute celui qui, adolescent, a admis avoir souffert du divorce de ses parents.
L'expert psychiatre diagnostique une « réaction passionnelle qui a brièvement bouleversé ses représentations mentales ».
L'avocat de Yohann entonne la symphonie des cœurs brisés : « Moi, je ne poserai qu'une question à mon client : est-ce qu'il aime encore sa femme ? » Yohann acquiesce. Emue, la victime, la chevelure aussi noire que son blouson et son pantalon, regrette : « C'est moi qui l'ai provoqué […] Non, je n'ai pas peur de le revoir. »
Vaguement désabusée, l'avocate de l'épouse distingue « un cas malheureusement classique où un couple s'enlise par défaut de communication. Jusqu'à ce que Monsieur explose ! »
La substitut du procureur attaque : « Je ne suis pas sûre que Monsieur aimerait se faire braquer avec un fusil… » Et demande cinq mois de prison contre Yohann.
L'avocat de la défense retient le « caractère désormais apaisé » d'un dossier un temps prévu pour être jugé en comparution immédiate - Yohann avait obtenu un délai supplémentaire pour préparer ses arguments. S'en réfère aux Rita Mitsuko : « Il est bien connu que les histoires d'amour finissent mal en général », et réclame « une peine avec sursis » pour son client.
En vain : celui-ci écope de cinq mois ferme, sans aménagement possible ni mandat de dépôt.
http://www.lunion.presse.fr/article/ardennes/dispute-conjugale-yohann-avait-encore-vu-rouge
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