jeudi 6 juin 2013

Justice : Comment est mort le petit Lucas ?

Arnaud Richon, ouvrier viticole de 31 ans, est jugé depuis mercredi devant les assises de la Gironde pour violence sur mineur ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Il est aussi poursuivi pour abstention volontaire d’empêcher un crime et modification de l’état du lieu d’un crime ou d’un délit.
Les faits qui lui sont imputés, alors qu’il bénéficie toujours de la présomption d’innocence, remontent au 31 janvier 2006 et ont débouché sur la mort de Lucas, un bébé de 21 mois.

L’épouse d’Arnaud Richon est assistante maternelle. Elle a obtenu du Conseil général depuis 2003 un agrément pour s’occuper d’un enfant, puis de deux à partir d’octobre 2004. Ce qui lui a permis de recevoir une petite fille et son petit frère Lucas, qui n’a pas encore deux ans. Les parents se sont installés à Guîtres en septembre 2005. La famille Richon habite non loin de chez eux et près de l’école où la sœur de Lucas est inscrite en maternelle. Séverine Richon, leur nouvelle nounou, n’a donc aucune difficulté à recevoir les deux enfants et conduire la grande à l’école, qui n’est qu’à quelques minutes. La plupart du temps, elle amène Lucas avec elle, le matin comme l’après-midi.
Mais le 31 janvier 2006, rien ne s’est passé comme prévu. La sœur de Lucas n’a pu aller en classe le matin en raison d’un rendez-vous médical. Sa maman l’a ensuite déposée chez la nounou, où Lucas était déjà arrivé. À l’heure du repas, tout s’est bien passé. C’est le déroulement de ce qui s’est passé ensuite que la cour d’assises, présidée par Éric Veyssière, va tenter de comprendre après une instruction de près de sept ans qui a vu se succéder quatre juges d’instruction.
Le jour des faits, les sapeurs-pompiers de Coutras, alertés par Séverine Richon à 16 h 50, découvrent Lucas inanimé dans la salle de bain du couple. Le Samu est alerté et une évacuation en hélicoptère est organisée vers les urgences pédiatriques de l’hôpital Pellegrin. Elle n’aura pas lieu. Peu après 18 heures, le médecin urgentiste du Smur a constaté le décès de Lucas. Aussitôt, une enquête a été ouverte par les gendarmes pour comprendre ce qui s’est passé. Des analyses et une autopsie ont été ordonnées par le parquet. Les lésions ne correspondent pas aux explications.
Selon Arnaud Richon, Lucas a pleuré alors que sa femme était partie à l’école chercher sa sœur. L’ouvrier viticole, en repos ce jour-là, avait l’habitude d’aider sa compagne avec les enfants. Il est allé dans la chambre. Ensuite, il a délivré au fil des auditions plusieurs versions de ce qui s’est produit.
Malgré une somme importante d’expertises, beaucoup de zones d’ombre demeurent encore. Hier, cependant, en réponse aux questions d’Éric Veyssière, Arnaud Richon a reconnu sa responsabilité. Mais il parle d’un accident. " Quand Lucas a pleuré, je suis allé dans sa chambre. Il était assis sur son lit. Il avait vomi. Je l’ai saisi et j’ai voulu le faire basculer sur mes bras. Il est tombé, la tête sur le carrelage. J’ai paniqué. Il avait perdu conscience. Je lui ai fait des massages. "
Mais les médecins légistes sont formels. Le choc à la tête n’a pas été mortel. Ce sont de graves lésions au foie et au pancréas qui ont tué Lucas. Sous la pression des questions d’Éric Veyssière et de l’avocate générale, Marie-Hélène de la Landelle, Arnaud Richon finit par consentir que les massages qu’il a pratiqués avaient été trop forts. Mais pourquoi alors déposer l’enfant dans la panière à jouets posée le long du lit ? Et pourquoi ne pas avoir appelé les secours ? "J’étais paniqué, stressé", répète inlassablement l’accusé.
Un trait de sa personnalité a retenu l’attention de Marie-Hélène de la Landelle. Décrit comme un homme gentil, serviable et calme par beaucoup, Arnaud Richon est aussi un maniaque de la propreté et est capable de coups de colère. De manière sous-jacente, se pose la question de gestes d’emportement éventuels quand il a constaté que Lucas avait vomi.
Me Jean-Philippe Magret, avocat libournais, défenseur d’Arnaud Richon, répond en maintenant la thèse de son client. Sur le banc des parties civiles, les parents de Lucas écoutent. Depuis sept ans, ils attendent des réponses. Le fait qu’Arnaud Richon ait reconnu sa responsabilité ne suffit pas à Isabelle Broustail, la maman de Lucas. "J’ai l’impression que je n’aurai pas les réponses que j’attendais. Ses paroles sont insuffisantes, sans consistance. J’ai des doutes sur le scénario décrit. Comment tout a pu se dérouler en moins de dix minutes ? Ça ne semble pas possible. Je veux savoir comment Lucas est mort. Je veux savoir ce qui s’est passé entre 13 h 30 et 16 h 30." Me Corinna Kerfant, du barreau de Versailles, avocate des parents de Lucas, doute aussi que tout soit intervenu en fin d’après-midi. Elle a beaucoup questionné l’accusé sur le déroulement du drame.
http://www.sudouest.fr/2013/06/06/comment-est-mo-rt-lucas-1076389-3.php

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