Cela faisait un an que Sylvie, domiciliée à Nancy, allait mal. Elle avait pris dix kilos, était extrêmement fatiguée mais son médecin traitant minimisait les choses. Une prise de sang révèle l’ampleur des dégâts : Sylvie est envoyée illico aux urgences où elle apprend que ses reins sont très atrophiés, sans doute par une maladie de Berger. « Ça a été très, très violent », se souvient-elle. Du jour au lendemain, le quotidien de cette maman divorcée, qui vit avec ses deux filles de 15 et 20 ans, devient dicté par la dialyse, à raison d’une séance tous les deux jours. « La dialyse, c’est insupportable. Je n’y retournerai pour rien au monde… », lâche Sylvie, émue.
« Je me suis sentie bien tout de suite et même mieux qu’avant. »
On lui explique qu’il lui faudra sans doute attendre 5 ans avant de pouvoir bénéficier d’une greffe de rein avec donneur décédé car elle ne peut recevoir que des donneurs de groupe O. Mais le Professeur Michèle Kessler lui explique alors la possibilité de recevoir un rein d’un donneur vivant. La question est abordée sans détour au sein de cette famille très unie. L’aînée de ses filles et sa mère sont partantes. Sylvie refuse.Reste Nicolas, son frère unique. « Au début, ça a été la peur absolue, l’instinct de survie. J’ai pensé : c’est très risqué, je vais peut-être y rester. Mais je me disais aussi que ma sœur ne s’en sortirait peut-être pas », reconnaît sans ambages Nicolas. Il en parle avec sa compagne, son entourage dans le milieu médical. La discussion avec le Professeur Kessler finit de le convaincre. Il lui manque juste « de pouvoir échanger avec un donneur ». Ce sera chose faite grâce à la FNAIR (Fédération nationale d’aide aux insuffisants rénaux).
Un jour, Nicolas appelle Sylvie, à l’heure du déjeuner. « Il m’a dit ‘’tu fais quoi le 22 mai ?’’ Je pleurais dans la cuisine ! Ça a été le plus beau cadeau de ma vie avec mes deux enfants », raconte Sylvie d’une voix étranglée.
La veille des opérations, autour de leurs plateaux-repas dans une chambre du CHU de Nancy, « on s’est dit des mots d’amour qu’on ne s’était jamais dit », se souvient Nicolas. Les deux interventions se déroulent sans souci. « Dès que je l’ai vu, j’ai été frappé par son teint rose de bébé. J’ai pensé : la transplantation, c’est magique ! », sourit Nicolas. « Je me suis sentie bien tout de suite et même mieux qu’avant », confirme Sylvie. Mais c’est sur le plan psychologique qu’elle commence à flancher. « J’avais un sentiment de culpabilité. J’étais presque honteuse… J’avais mutilé mon petit frère ! J’avais tout le temps peur pour lui », explique Sylvie. Aidée par les psychologues du CHU, elle s’approprie « son » rein. Aujourd’hui, Nicolas et Sylvie n’ont jamais été aussi proches. Nicolas a repris toutes ses activités sportives : course à pied, triathlon et ski. Il bénéficie d’un suivi médical annuel, ne prend aucun traitement et ne sent pas du tout que son rein a grossi. Il veut « rassurer ceux qui y sont confrontés car beaucoup de cas pourraient être résolus ainsi ».
Quant à Sylvie, elle pense « dix fois par jour à la chance (qu’elle a) eue » et à tous ceux qui attendent. Et surtout, à sa compagne de chambre, qui souffrait aussi d’autres pathologies, et qui est décédée un mois après sa transplantation. Cette greffe, Sylvie en parle comme de sa « grande histoire d’amour ».
http://www.estrepublicain.fr/actualite/2013/10/14/donner-la-vie-d-une-autre-maniere
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