jeudi 17 novembre 2011

Kevin, 19 ans, mort sur la route

Pour les statistiques de la Sécurité routière, c’est un chiffre : le 33e mort de l’année sur les routes de l’Essonne. Pour ses parents, son frère, sa sœur, sa famille, ses amis, son employeur, ses professeurs, sa copine, c’est un monde qui s’écroule. La vie de Kevin Paurelle, 19 ans, s’est fracassée contre un poteau électrique vendredi dernier. Il sera inhumé aujourd’hui chez lui, à Pussay.
Une marche silencieuse jusqu’au lieu de l’accident est prévue à partir de 15h30. Retour en détail sur un drame trop courant.

Le jour de l’accident, Kevin roule au volant de sa Mégane Renault. Il l’a achetée à crédit il y a un an après des semaines à éplucher les petites annonces sur Internet. « Il était fier de sa voiture », raconte Alain, son père.
Kevin la bichonne. Pourtant, son permis en poche — le Code et la conduite du premier coup —, le jeune homme voulait s’offrir une deux-portes, plus « jeune ». Son père insiste alors pour qu’il achète « plus gros ». « Par sécurité… Il m’a écouté. Il m’écoutait tout le temps », souffle-t-il.
Son employeur lui octroie également une voiture de fonction. « A son âge, je ne l’aurais pas confiée à un irresponsable », appuie Michèle Magne, la responsable de la société Pero aux Ulis, où Kévin, en bac pro maintenance des équipements industriels, travaillait en alternance.
Jeudi soir, Kevin part voir des amis à Etampes et Angerville. Une soirée entre potes. Sans excès. « Ses amis m’ont assuré que Kevin était sain », jure Alain. A 5h30, le lendemain matin, le jeune homme ramène deux copains. Un épais brouillard recouvre la chaussée grasse de la D18.
La voiture dérape, percute un poteau électrique qui s’abat sur la route, entraînant la chute d’une moto arrivant à ce moment-là. Selon les gendarmes, Kevin roulait vraisemblablement trop vite. Le motard, indemne, prévient les secours. Par téléphone, le Samu lui dicte les premiers gestes. Sans espoir.
Kevin est mort sur le coup. Les deux autres passagers sont brièvement hospitalisés. La maison des Paurelle est à 3 km de là.
Il est 8h30 quand le premier adjoint au maire frappe à la porte de la famille. « Au départ, je croyais que c’était Kevin, qu’il avait oublié ses clefs. J’ai entendu mon mari dire Non, c’est pas vrai. Là, j’ai tout de suite compris », pleure Suzie, sa mère. Les premières rumeurs bruissent. « Il roulait à fond la caisse », « il avait bu »…
« Les gens parlent trop. Ils n’étaient pas là, ils dormaient! » s’indigne le maire de Pussay, Grégory Courtas (Europe Ecologie-les Verts). La plupart des villageois laissent parler les médisants et offrent leur aide. Beaucoup proposent des chambres pour héberger la famille des Paurelle, venue du Jura et de Normandie pour les obsèques. Le maire prête la salle des fêtes, la boulangère organise la réception.
Rapidement, la copine de Kevin, Clara, 16 ans, lance l’idée d’une marche silencieuse. Les deux amoureux devaient fêter « leur dix mois ensemble » le jour de la mort du jeune homme. C’est dans ces circonstances que leurs familles se rencontrent pour la première fois.
« C’était sérieux entre eux », affirme Alain. Le « petit couple » s’était rencontré chez des amis communs. Elle habite Noisy-le-Roi (Yvelines), à une heure et quart de Pussay. « La semaine avant l’accident, il venait toujours chez moi. Il devait partir très tôt. Il était fatigué », explique Clara. C’est sa mère qui la prévient du décès de Kevin. « Elle est venue me chercher à mon travail. En pleurs », garde-t-elle en mémoire.
Le lundi arrive enfin le temps des premières démarches pour la famille. « Il faut bien les faire », détaille Alain. Acheter la concession, le caveau familial — « Nous n’y avions jamais réfléchi, mais nous aimerions être enterrés ensemble », confie le père —, le cercueil, choisir les textes pour la cérémonie religieuse…
« Ça va très vite, sans avoir le temps de réaliser. Tant qu’il n’est pas enterré, on pense toujours qu’il va revenir », constate le père. Depuis vendredi, les éloges pleuvent. « Une perle, le meilleur de son école. Il avait des bulletins de note parfaits », raconte en larmes Michèle Magne. « A part peut-être en anglais », tente-t-elle de sourire.
« Nous le suivions depuis quatre ans et demi. C’était un très très bon gamin. On le poussait à aller en BTS », se souvient Jérôme Le Ny, directeur du site de Bondoufle de la faculté des métiers de l’Essonne.
Tous seront là aujourd’hui. Tout comme les collègues d’Alain, employé au magasin Leroy-Merlin de Sainte-Geneviève-des-Bois. « Kevin y avait fait un stage. Personne ne l’a oublié », observe son père. « J’ignorais qu’il était tant aimé. Il a fallu qu’il meure pour le savoir », murmure Suzie

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