vendredi 19 octobre 2012

Mariages blancs : les noces étaient d'argent

Un lieu, un mode opératoire, une transaction… La pizza connection fabriquait des faux couples moyennant finances. L'enquête a révélé trois cas. Pas royale, la pizza…
Il y a deux choses que Nicolas Salzard sait faire à merveille. La première, servir les pizzas. La seconde, envoyer un fax. Ça n'a rien à voir ? Pas sûr.
L'ancien serveur de la Bella Italia, une ancienne pizzaria de Chauny, a laissé ses petits amis se faire cuisiner seuls par les juges et la substitut du procureur, hier, à la barre du tribunal correctionnel de Laon. Nicolas Salzard, bientôt 30 ans, semble-t-il aujourd'hui employé chez EDF, s'est excusé. Par fax donc. Un gentil mot arrivé le jour même pour dire sa peur de comparaître. La tête d'affiche manquait. Mais pas le piment dans cette histoire de mariages blancs.
Une bonne vieille affaire comme sait en produire la justice. Les faits datent de 2003, les premiers actes d'instruction de 2004. On est à Chauny et les enquêteurs ont flairé du lourd. C'est Salzard qui leur crache le morceau pendant une audition, c'est magique. Le dénommé au casier pas vierge doit répondre d'une grivèlerie d'aliments. Rien à voir avec les noces viciées et pourtant, Salzard s'allonge. Il explique : dans la cité des singes, certains ont tendance à monter au cocotier pour décrocher de jolies noix. Décodé, c'est une histoire de mariages blancs et Salzard sait de quoi il parle : c'est lui qui a ouvert le bal. Il s'est marié à Kahidja, une jolie marocaine. « On s'est rencontré à la gare du Nord en 2001 », conte l'aimable coiffeuse. « Ça a été le coup de foudre presque tout de suite. »
C'est un peu compliqué pour la professionnelle du peigne. Son prince est dans la nature, il a expliqué que c'était bidon à fond, que ça avait été organisé pour régulariser la miss moyennant finances. C'est que ça rapporte le mariage de complaisance. Des noces d'argent avant l'âge. Ici 5 000 euros pour Salzard. Un peu de liquide, une caution payée pour un logement, trois ou quatre loyers aussi. « Vous avez divorcé trois ans après votre mariage et vous êtes incapable de citer les noms et prénoms des témoins à la cérémonie », ironise le Parquet. « C'était un mariage d'amour mais ensuite, je n'ai plus eu confiance », balaye la coiffeuse.
Une pizza connection ? Restons calme. « C'est le parquet qui a voulu faire croire à un réseau. Et les enquêteurs avec, trop contents peut-être de s'en prendre à un restaurant qu'ils avaient dans le viseur », suggère l'un des défenseurs, Me Herman. Car dans ce dossier, il y a trois mariages arrangés. Oui, une petite organisation, une « chaîne ». Salzard a donc capté 5 000 euros. Les suivants ramassent entre 200 et 500 euros en liquide. La combine arrange tout le monde. Ceux qui crapotent ont aussi des loyers, quelques factures et cautions payés. Certes, ça manque un peu d'amour mais tout de même : sur le papier, deux des trois faux couples sont encore mariés. Neuf ans après les faits, si ça, ce n'est pas du lien… Oui, mais en carton-pâte. Car Afir vit et procrée depuis presque autant avec sa vraie promise et Hubert c'est la même chose.
Trois couples, trois faux couples. Si Salzard, pour des raisons qu'on ignore, n'avait pas vendu la mèche en 2004, la coiffeuse et ses amis cocufieraient encore l'administration.
Ça va rentrer dans l'ordre dans quelques jours. Le parquet n'entend pas être simple témoin de ces unions frelatées. Les peines demandées oscillent entre dix mois et deux ans d'emprisonnement avec de larges proportions de sursis. Le divorce entre les faussaires et la justice est consommé. Le jugement est en délibéré.

http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/mariages-blancs-les-noces-etaient-dargent

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